Le port d'Alger, strates de représentation d'un lieu de mémoire (1830-1962)
Marc Agostino  1@  
1 : Université Bordeaux Montaigne  (UBM)  -  Site web
sans
Pessac -  France

 

Le port colonial d'Alger est la clef et le symbole de l'Algérie française. La façade majestueuse découverte depuis la mer révèle la singularité de la ville coloniale, triangle de la casbah et ville moderne de plus en plus étendue trouvant leur unité dans le vaste port venant s'adjoindre à la vieille Darse des Barbaresques. L'ensemble, harmonieux, immaculé est le point d'aboutissement d'une longue navigation, avec peu de repères, débouchant sur un spectacle majestueux et symbolique d'une installation sur la côte africaine. Le port d'Alger reste un lieu de mémoire par son passage de la fascination du nid de l'Alger ottomane au grand havre longuement construit ouvrant la porte à un monde immense et longtemps mystérieux. Lieu de mémoire d'un temps assez long, fait de mémoires très diverses, le port d'Alger sera envisagé en suivant des strates chronologiques simples fondées sur divers écrits significatifs, variant selon les périodes. La mémoire picturale et photographique n'ont pas été prises en compte, malgré leur exceptionnelle richesse. Les sources utilisées sont celles des regards des Français, maîtres temporaires et acteurs dominants des lieux. Barrière et invite à l'entrée en Algérie au XIXème siècle, le port apparait dans les premiers ouvrages postérieurs à 1830,dans les premiers Guides des voyageurs, comme le vieux repaire de pirates , surveillé par la vieille forteresse espagnole de l'Amirauté. La construction du port contemporain est traduite dans ses grandes étapes par le guide Piesse, devenu ensuite le Guide bleu. On perçoit l'évolution et le rôle de ce port, lieu d'échanges économique et humains. Les voyageurs français, souvent célèbres, ne manquent pas de saluer cette symbiose de la ville et de la mer, l'aspect port des voyageurs étant le plus prégnant. L'apogée de la colonie, autour du Centenaire donne lieu à des recherches et publications scientifiques constituant un bagage mémoriel objectif .Cette ville si méditerranéenne, phare de l'Algérie, suscite, outre la vocation de Fernand Braudel, de grandes études comme celle de René Lespes en 1930 puis en 1935.La ville est magnifiée par les écrivains d'Algérie. Le port reste celui de la colonisation mais les problèmes apparaissent en filigrane. Un superbe adieu est donné par l'ouvrage de Georges Esquer en 1949 chez Arthaud. Le port d'Alger est peu à peu pris dans le drame algérien et y conserve sa force mémorielle .La presse montre la multiple image du port colonial : celle des Appelés découvrant cette terre, celle des « pieds noirs » voyant disparaitre la ville blanche, celle des immigrés silencieuse et constante. Présente dans des écrits de qualité de ces acteurs, « deuxième ville de France » pour un ouvrage de 1958,le destin du port s'accomplit peu à peu: le port colonial devient lieu de mémoire, le rôle même du port évolue, Alger devient le symbole de la décolonisation et du Tiers Monde.



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